Fin de vie de Windows 10 : 200 millions de PC exposés à des risques croissants
Isidore Bellemare
Fin de vie de Windows 10 : 200 millions de PC exposés à des risques croissants
Microsoft a officiellement mis fin au support de Windows 10 le 14 octobre 2025, laissant des centaines de millions d’utilisateurs dans le monde entier face à des menaces de sécurité croissantes. Cette décision, intervenue près d’une décennie après la sortie initiale du système d’exploitation, marque la fin des mises à jour de sécurité gratuites, des corrections de bogues et du support technique pour la plateforme.
La fin du support laisse tous les appareils Windows 10 exposés aux menaces de sécurité. Sans mises à jour régulières, ces systèmes deviennent des cibles faciles pour les cybercriminels, d’autant plus que le système d’exploitation dispose d’une base d’utilisateurs étendue. Il est bien documenté que les pirates exploitent souvent les systèmes plus mis à jour, transformant le logiciel obsolète en cible de haute valeur pour les campagnes de malwares et de ransomwares.
Le paysage des vulnérabilités de Windows 10
Des milliers de vulnérabilités connues ont déjà été répertoriées dans des bases de données publiques telles qu’ExploitDB. Parmi les failles les plus préoccupantes identifiées dans Windows 10, on trouve :
- CVE-2025-29824 : Un problème « use after free » dans le pilote Common Log File System, avec un score CVSS de 7.8, activement utilisé dans les attaques de ransomware.
- CVE-2025-29809 : Un stockage non sécurisé dans Windows Kerberos permettant de contourner localement les fonctionnalités de sécurité.
- CVE-2025-24997 : Une déréférence de pointeur nul dans la mémoire du noyau Windows avec un vecteur de déni de service.
- CVE-2025-24993 : Un dépassement de tampon basé sur le tas dans NTFS, marqué comme « connu exploité », avec un score EPSS élevé de 2,19 %.
- CVE-2025-24984 : Une fuite de données sensibles via les fichiers journaux NTFS, également signalée comme exploitée, avec le score EPSS le plus élevé relevé — 13,87 %.
De nombreuses de ces vulnérabilités permettent aux attaquants d’escalader les privilèges, d’exécuter du code non autorisé ou même de compromettre des réseaux à distance. Plusieurs ont déjà été ajoutées au catalogue CISA Known Exploited Vulnerabilities (KEV).
Conséquences sur la sécurité des entreprises et particuliers
Dans la pratique, la fin du support de Windows 10 crée un écosystème de risque plus large. Pour les entreprises, cela signifie que les terminaux critiques — serveurs, postes de travail — ne bénéficieront plus de correctifs de sécurité. Selon une étude de l’ANSSI, près de 65 % des cyberattaques exploitent des vulnérabilités connues depuis plus d’un an, ce qui place les systèmes Windows 10 non mis à jour dans une position particulièrement vulnérable.
Les particuliers, quant à eux, font face à un dilemme similaire. Beaucoup possèdent des appareils qui ne peuvent pas être mis à niveau vers Windows 11 en raison d’exigences matérielles strictes, les obligeant à choisir entre une désinstallation coûteuse ou l’utilisation continue d’un système exposé.
L’impasse du passage à Windows 11
Microsoft recommande aux utilisateurs de migrer vers Windows 11, qui reste sous support actif et offre des fonctionnalités de sécurité améliorées. Cependant, tous les PC ne sont pas éligibles à la mise à niveau en raison d’exigences matérielles strictes. Un rapport de Forbes souligne qu’environ 200 millions d’appareils dans le monde encore sous Windows 10 ne répondent pas aux spécifications techniques nécessaires pour une mise à niveau gratuite vers Windows 11.
Les exigences minimales pour Windows 11 incluent :
- Processeur : 1 GHz ou plus avec 2 cœurs ou plus sur une carte compatible
- RAM : 4 Go ou plus
- Stockage : 64 Go ou plus
- Firmware : UEFI, Secure Boot capable
- TPM : version 2.0
Ces exigences excluent de nombreux appareils plus anciens, en particulier ceux équipés de processeurs Intel de 7e génération ou AMD Ryzen de 1ère génération. Dans la pratique, cela signifie que de nombreux utilisateurs et entreprises, notamment en France, se retrouvent face à un mur technique.
Impact sur les organisations
Pour les organisations françaises, cette situation représente un défi significatif. Selon une enquête menée par le CLUSIF, plus de 40 % des entreprises utilisent encore activement Windows 10 sur au moins une partie de leur parc informatique. La transition vers Windows 11 n’est pas seulement une question de coût, mais aussi de compatibilité avec les applications métier critiques.
Dans certains secteurs réglementés comme la santé ou la finance, où la stabilité des systèmes est primordiale, la pression est encore plus forte. Ces organisations doivent maintenant naviguer entre la nécessité de maintenir la conformité réglementaire et l’obligation de mettre à niveau leurs infrastructures pour des raisons de sécurité.
Options stratégiques face à la fin de vie
Pour les utilisateurs incapables ou peu désireux d’effectuer une mise à niveau, Microsoft propose plusieurs chemins possibles :
Migration vers Windows 11
C’est l’option la plus sûre, à condition que l’appareil réponde aux exigences système. Les utilisateurs éligibles peuvent vérifier via Paramètres > Mise à jour et sécurité > Windows Update si la mise à niveau est disponible. Pour les entreprises, Microsoft propose des outils de déploiement d’entreprise, dont Microsoft Endpoint Configuration Manager, pour faciliter la transition à grande échelle.
Acquisition de matériel compatible
Les utilisateurs disposant de systèmes plus anciens ou incompatibles peuvent être amenés à investir dans du matériel neuf compatible avec Windows 11. Bien que cela représente un coût initial, cela offre l’avantage de bénéficier de la dernière génération de fonctionnalités de sécurité et de performances. En France, plusieurs programmes de reprise d’anciens appareils sont disponibles auprès des fabricants comme Dell, HP ou Lenovo.
Mises à jour de sécurité étendues (ESU)
Un abonnement payant est disponible pour ceux qui ont besoin de plus de temps avant de migrer. Le programme ESU offre des correctifs de sécurité critiques pour une année supplémentaire, mais il s’accompagne d’un coût qui peut ne pas être viable pour de nombreux consommateurs. Les tarifs de l’ESU varient généralement entre 25 et 50 dollars par appareil et par an pour les entreprises, avec une augmentation progressive des coûts au fil des années.
Continuation avec des risques contrôlés
Les PC exécutant Windows 10 continueront de fonctionner, mais sans mises à jour, ils deviennent de plus en plus vulnérables aux menaces. Microsoft conseille de sauvegarder régulièrement les données et d’utiliser une extrême prudence si l’on choisit cette voie. Pour les utilisateurs qui optent pour cette solution, l’adoption de solutions de sécurité tierces devient essentielle pour compenser l’absence de correctifs.
Implications sur le support des logiciels Microsoft
La fin du support ne s’applique pas seulement au système d’exploitation. Au même moment :
- Office 2016 et Office 2019 ne sont plus supportés sur aucun système d’exploitation
- Office 2021, Office 2024 et les versions LTSC continueront de fonctionner sur Windows 10, mais sans support ni mises à jour
Microsoft encourage les utilisateurs à migrer vers Microsoft 365 ou à déplacer ces licences vers une machine Windows 11 supportée. Le support pour Office 2021 et Office LTSC 2021 prendra fin en octobre 2026. Cette transition vers un modèle d’abonnement soulève des questions sur la possession des logiciels et les coûts à long terme pour les entreprises et les particuliers.
Conséquences pour les entreprises françaises
Pour les entreprises françaises, la fin du support d’Office 2019 et 2021 dans le contexte de Windows 10 crée une double pression. De nombreuses organisations ont investi massivement dans ces suites bureautiques, et leur obsolescence forcée représente un coût supplémentaire significatif. De plus, la compatibilité avec des applications métier héritées peut compliquer la migration vers Microsoft 365 ou Windows 11.
Mesures de protection indispensables
Peu importe que les utilisateurs choisissent de mettre à niveau, de s’inscrire à l’ESU ou de continuer à utiliser des appareils non supportés, la sauvegarde des données est essentielle. La transition vers un nouveau système d’exploitation ou l’utilisation continue de Windows 10 sans correctifs de sécurité augmente le risque de panne système et de perte de données.
Sauvegarde des données et sécurité renforcée
Microsoft recommande aux utilisateurs de sauvegarder régulièrement leurs données, en utilisant des méthodes 3-2-1 : trois copies de données sur deux supports différents, dont une hors site. Pour les entreprises, cela signifie généralement le déploiement de solutions de sauvegarde professionnelles avec tests de récupération réguliers.
En complément des sauvegardes, les utilisateurs devraient :
- Maintenir tous les logiciels tiers à jour
- Implémenter une solution antivirus/anti-malware réputée
- Utiliser un pare-feu configuré de manière stricte
- Éviter l’utilisation d’Internet Explorer, qui n’est plus supporté
- Limiter les privilèges administrateurs aux comptes nécessitant cette permission
Recommandations pour le retrait sécurisé des anciens appareils
De plus, Microsoft conseille aux utilisateurs d’effacer de manière sécurisée les disques durs à l’aide d’outils intégrés avant de recycler, de revendre ou de donner d’anciens appareils. Des programmes de reprise et de recyclage sont disponibles via Microsoft et les fabricants de PC participants.
En France, le règlement général sur la protection des données (RGPD) impose des obligations strictes concernant le traitement des données personnelles. Les entreprises doivent s’assurer que le retrait des appareils respecte ces obligations, y compris la suppression sécurisée de toutes les données personnelles stockées localement.
Cas d’entreprise : Gestion du parc Windows 10
Prenons l’exemple d’une entreprise française de taille moyenne avec 500 postes de travail. Actuellement, 200 de ces postes tournent sous Windows 10 et ne sont pas éligibles à une mise à niveau vers Windows 11. L’entreprise doit maintenant décider de la meilleure stratégie :
- Migration progressive : Planifier un cycle de remplacement matériel sur 3 ans, en remplaçant environ 67 postes par an. Coût estimé : 300 000 € (450 € par poste).
- Abonnement ESU : Payer pour les mises à jour étendues pour une année supplémentaire. Coût estimé : 5 000 € (25 € par poste).
- Sécurité renforcée : Investir dans des solutions de sécurité avancées pour compenser l’absence de correctifs système. Coût estimé : 20 000 €.
Cette entreprise pourrait opter pour une approche mixte : utiliser l’ESU à court terme tout en planifiant le remprogressif du matériel, tout en renforçant les mesures de sécurité immédiates.
Tableau comparatif des options
| Option | Coût initial | Complexité | Sécurité | Recommandation |
|---|---|---|---|---|
| Mise à niveau vers Windows 11 | Élevé (matériel nécessaire) | Moyenne | Élevée | Recommandée pour les appareils compatibles |
| Acquisition de nouveau matériel | Très élevé | Faible | Très élevée | Idéale pour les terminaux critiques |
| ESU (1 an) | Modéré | Faible | Moyenne | Solution temporaire pour les systèmes critiques |
| Continuation sans support | Nul | Faible | Faible | À éviter pour tout usage professionnel |
Conclusion et prochaines actions
La fin du support de Windows 10 introduit des défis sérieux pour des millions d’utilisateurs de PC dans le monde. Ceux qui ne peuvent pas migrer vers Windows 11 se voient confrontés à des options limitées : un programme ESU coûteux ou l’utilisation d’un système non sécurisé.
Face à l’augmentation du nombre d’exploits et au paysage des menaces de cybersécurité croissant, les utilisateurs doivent agir promptement, que ce soit par le biais de mises à niveau, de sauvegardes de données ou de transition vers du matériel neuf. Pour les entreprises françaises, une planification stratégique est essentielle pour assurer une transition en douceur tout en maintenant la sécurité et la conformité réglementaire.
La fin de vie de Windows 10 n’est pas seulement une fin de cycle, mais aussi une opportunité pour repenser sa stratégie de sécurité informatique et de gestion de parc. Une approche proactive, bien que coûteuse à court terme, s’avérera essentielle pour se protéger contre les cybermenaces croissantes des années à venir.
Source : Microsoft, Forbes, ANSSI, CLUSIF